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La pensée « académique » est-elle vraiment différente de la pensée « commerciale »?

août 7, 2020 By: Alexandra Tavasoli

This post is also available in: English (Anglais)


Lorsque j’ai créé Solistra à partir du laboratoire Ozin de l’Université de Toronto, le principal conseil de mes conseillers était que je devais changer mon état d’esprit et passer d’une pensée « académique » à une pensée « commerciale ». Ils ont indiqué qu’ils avaient vu cela chez de nombreux étudiants de troisième cycle qui essayaient de lancer des entreprises à partir de leurs recherches, et que je devrais faire attention à être dans le bon état d’esprit pour construire une entreprise prospère.

Pour moi, en tant qu’étudiant en ingénierie, cela était déroutant, car l’ingénierie est fondamentalement une science appliquée, destinée à rendre la science pure applicable dans le monde réel. En fait, j’avais déjà reçu le conseil d’un de mes directeurs de thèse, selon lequel ma réflexion était, en fait, trop ancrée dans l’application de la technologie, et pas assez universitaire.

C’est avec cette confusion à l’esprit que je me suis rendue au premier cours MaRS du programme WIC, qui portait sur la découverte des clients. Là, après avoir tenté d’effacer toute pensée « académique » de mon cerveau, j’ai été très surprise d’entendre les instructeurs nous dire que le but de la découverte de clients est de valider votre hypothèseconcernant votre plan d’affaires.

La confusion s’est transformée en soupçon. J’avais ces capacités cognitives de résolution de problèmes, et la capacité d’organiser l’information. Qu’est-ce qui était différent dans le monde des « affaires »? Je ne comprenais pas.

Puis est venu le temps d’élaborer notre premier plan d’entreprise, la manière hypothétique dont notre entreprise fonctionnerait en essayant de la vendre aux clients. C’est un peu comme une expérience de vente, pourrait-on dire. J’ai suggéré de construire un modèle de flux de processus pour déterminer quelle était notre option la plus économique pour l’entreprise. « Trop universitaire »,ai-je encore entendu comme un ressac.

La confusion est revenue, car c’est ainsi que les ingénieurs chimistes de l’industrie vérifient si un processus sera économique. Par conséquent, les réunions que nous avons eues avec des clients et des investisseurs potentiels n’ont finalement servi à rien, car les indicateurs de rendement que nous vendions étaient mal fondés et peu flexibles, et surtout, nous n’avions aucune documentation concrète et fiable à présenter. Il a fallu presque une année avant que ce tournage de roue ne m’atteigne, et j’ai pris les choses en main et construit un modèle de processus bien documenté à partir duquel nous pourrions élaborer des analyses de rentabilité.

Ce que je retiens de cette année et demie de confusion, c’est que la pensée « académique » et la pensée « commerciale » ne sont, en fait, pas différentes. Ils ne diffèrent que dans leur façon de cerner le problème, notamment en ce que la pensée académique est plus ascendante, tandis que la pensée commerciale est plus descendante.

Cependant, les processus cognitifs et l’expérience quotidienne du travail universitaire et entrepreneurial sont en fait assez similaires. Voici quelques exemples :

Résolution de problèmes

Les universitaires lisent la littérature académique pour trouver les lacunes dans les connaissances de leur domaine afin d’y remédier.Pendant ce temps, les entrepreneurs mènent des entretiens avec leurs clients pour déterminer le « point sensible » ignoré dans leur secteur afin de construire une entreprise autour de celui-ci.

Un degré élevé d’ambiguïté

Tant dans le monde universitaire que dans celui de l’entrepreneuriat, il existe une grande ambiguïté quant aux objectifs, à la voie à suivre et aux succès futurs.

Évaluer la concurrence entre pairs

Tant les universitaires que les entrepreneurs :
• S’inquiètent de voir leur recherche ou leur technologie être plagiée.
• Concourent pour les subventions et les investisseurs.
• Se tiennent au courant des produits de pointe dans leur domaine pour garder une longueur d’avance.

Compte tenu de ces similitudes, est-il utile pour la commercialisation des technologies propres canadiennes d’établir une telle distinction culturelle entre le monde universitaire et l’industrie? Je pense qu’il serait plus bénéfique de brouiller cette ligne plutôt que de la maintenir ferme.

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